
Voilà avec Un mot, un destin (Albin Michel, 19,90 euros, 265 pages) de quoi apaiser notre agacement né du deuxième confinement. Cet essai délicieux de Clémentine Portier-Kaltenbach nous offre des éclairages piquants et inattendus sur pas moins de 90 femmes connues ou qui méritent de l'être. C'est de la « petite » histoire comme on l'aime... Avec des notices de deux à trois pages, l'historienne n'a pas eu la prétention de dresser des biographies détaillées de ses héroïnes. Et c'est tant mieux. Elle s'en est tenue à un aspect piquant et souvent méconnu de leur personnalité ou de leur parcours. Cela rend la lecture du livre d'autant plus surprenante : chaque page est une surprise et une découverte !
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Nous apprenons ainsi que la reine d'Angleterre Élisabeth Ière (1533-1633), dite la « Reine vierge », jouait à ravir du... virginal, un instrument de musique de la famille des clavecins très en vogue à son époque dans la bonne société anglaise. Elle veillait à n'en jouer que dans son cabinet secret, ce délassement étant peu en accord avec sa réputation de dureté.
Plus près de nous, le jeune roi Louis XV (1710-1774) ne faisait pas tant de manières et ne cachait pas son appétit pour les femmes. En 1733, il entama une liaison de quelques années avec Louise Mailly-Nesle avant que celle-ci ne lui présente sa soeur Pauline, laquelle passa à son tour dans le lit royal. Elle mourut en donnant le jour à un garçon très ressemblant à son père, d'où son surnom à la cour, « Demi-Louis ». Le roi se consola avec sa soeur Marie-Anne, marquise de la Tournelle, et accessoirement avec une autre encore, Diane-Adélaïde, duchesse du Lauragais. Restait une cinquième soeur Mailly-Nesle, Hortense de Flavacourt. Au duc de Richelieu qui lui demanda plus tard pourquoi elle avait résisté au roi, elle aurait répondu : « J'ai préféré l'estime de mes contemporains ».
Gardons-nous toutefois d'imaginer les femmes confinées dans la soumission. C'est tout l'art de Clémentine Portier-Kaltenbach de nous montrer des femmes libres, énergiques et sans préjugés, loin des clichés. La palme revient à Catherine II de Russie (1729-1796), qui manifeste un appétit pour le sexe qui n'a d'égal que son appétit pour le pouvoir. Les jeunes « éphémères » se succèdent dans son lit après avoir été testés par les dames de compagnie de l'impératrice. Celle-ci finit toutefois par s'attacher à un géant borgne mais ô combien viril dont elle fera son favori, jusqu'à peut-être l'épouser en secret, Grigori Potemkine.
L'historienne relate un tout autre aspect de la reine Élisabeth II, née en 1926, à savoir son escapade incognito à Londres, dans la folle nuit qui a suivi l'annonce de la capitulation de l'Allemagne nazie.
Il va de soi que le livre Un mot, un destin s'adresse à tous les publics, y compris et surtout aux personnes qui se défient de l'Histoire et la jugent rébarbative ! Il peut plaire aussi aux adolescents. À tous, il apporte une foultitude d'anecdotes et de bonnes histoires susceptibles de nourrir les conversations pendant le jour sans fin du confinement. Nous prions toutefois ceux qui souhaiteraient acheter ce livre (et d'autres) de s'adresser à leur libraire de quartier. Nous serions fâchés de contribuer au pillage des ressources nationales par Amazon et consorts...
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